Le rapport de synthèse 2019 sur l'environnement en France, publié par le ministère de la transition écologique fait un état des lieux environnemental des territoires, mis en perspective avec l'état mondial et au "limites planétaires". Le rapport tente ensuite une analyse du bien-être des français au regard des "limites planétaires".

"En France, 97,8 % de la population est alimentée par de l’eau respectant en permanence les limites réglementaires pour les paramètres microbiologiques (DGS, 2018). Cela signifie que 2,2 % de la population (soit 1,5 million de personnes) ne l’est pas. Du fait des incertitudes importantes quant à la potabilité de leur eau du robinet, ces Français se trouvent contraints de recourir à de l’eau en bouteille. Cet achat induit indirectement des coûts importants pour ces ménages, ainsi que des déchets plastiques en fin de vie."

La disponibilité de l'eau potable sur certaines périodes et sa potabilité en situation alarmante.

Le rapport relate la situation environnementale de la France.

Les polluants dans l'air extérieur sont en nette diminution sur la période 2000-2017. Résultats expliqués par les rapporteurs par les seuls effets positifs des réglementations entrées en vigueur. On peut supposer que l'affaiblissement de la croissance économique pouvait être aussi corrélé à cette amélioration, mais le rapport n'en fait pas état.

Pour le reste, et pas des moindres, la situation est nettement à notre désavantage.

  • Concernant changement climatique, la France dépasse le budget cible de 1,6 à 2,8 t de CO2 par personne et par an.
  • L'érosion de la biodiversité subit une évolution qualifiée de "préoccupante", notamment en regard des espèces endémiques "souvent menacées".
  • Les perturbations de cycle de l'azote et du phosphore, induites principalement par l'agriculture intensive, perpétuent les problèmes d'eutrophisation.
  • La France contribue à la déforestation mondiale via ses importations, alors même que les surfaces boisées nationales augmentent au détriment des terres agricoles.
  • Nous contribuons aussi à l'acidification "marquée" des océans, dont les effets néfastes s'amplifient notamment sur la faune marine.

Quant à la ressource en eau, ressource inégalement répartie sur le territoire (certains territoires ne disposant pas de réserve souterraine),  les prélèvements sont en dessous du seuil critique au niveau national, mais les volumes prélevés en été (notamment pour l'agriculture ou pour le refroidissement des centrales nucléaires) dépassent localement les volumes d'eau renouvelables disponibles.

L'inégalité se retrouve aussi au niveau de la gestion de l'eau, assurée par des structures publiques de "taille variable et aux ressources financières hétérogènes, ayant à exploiter des réseaux parfois anciens. Ainsi, près de 19% des services d'eau potable ont un rendement inférieur à 85%, dont 10% inférieur à 67%... Les conséquences financières de ce gaspillage sont répercutées au consommateur."  On peut s'étonner que le rapport ne mentionne pas les concessionnaires exploitants qui choisissent trop souvent de rémunérer les actionnaires plutôt que de réaliser les investissements nécessaires pour garantir un rendement supérieur à 80%.

L'inégalité est présente entre les communes urbaines et rurales. Ces dernières éprouvent des difficultés à maintenir un rendement satisfaisant du fait de leur réseau diffus et sont plus souvent victimes de pollutions, notamment agricoles. En 2017, 0,6% de la population s'est vue interdire la consommation de l'eau pour pollution, principalement en milieu rural.

Depuis 2012, les restrictions d'eau sont marquées et affectent prioritairement les territoires ne disposant pas ou peu de réserves souterraines. À titre d'exemple pour 2019, certains départements du Limousin seront restés en alerte pendant 9 mois (du 7 mars au 11 novembre) avec 4 mois au niveau de crise de disponibilité d'eau potable. Ces problèmes de disponibilité temporaire ne feront que s'aggraver à l'avenir avec des prévisions de diminution de 10% à 40% du débit moyen d'eau à l'avenir selon les régions (Chauveau et al., 2013), entrainant des conflits d'usages.

Tout aussi grave, ou circonstance aggravante, les ressources en eau dont nous disposons sont fortement polluées par nos activités (agriculture, industrie, tourisme), notamment pour les ressources souterraines qui nous alimentent à hauteur de 66%. Nitrates, pesticides, métaux, médicaments, perturbateurs endocriniens, plastiques, solvants, tensioactifs, détergents, produits cosmétiques, environ 680 substances diverses et variées... on trouve tout ce que l'on cherche dans l'eau.

Depuis l'an 2000, 2400 forages sur 22000 ont été tout simplement laissés à l'abandon pour cause de pollution trop élevée.

Seul point positif, les eaux de surfaces s'améliorent, mais en partie seulement, du fait de la règlementation et de la mise aux normes de nombreuses stations d'épuration et de l'assainissement individuel. Les nitrates diminuent, mais sont toujours présents. Les herbicides, suite à leur interdiction partielle diminuent aussi, mais sont toujours présents. Bien évidemment, on retrouve les autres polluants dans les eaux de surfaces, mais en moindre mesure. Y-aurait-t-il moins de pollution par un déficit de mesure ? Il est aisé de constater le manque ou l'insuffisance de relevés de mesures pour les pesticides sur le centre de la France dans la cartographie suivante tirée du rapport.

La disponibilité de l'eau potable en France est effectivement alarmante si l'on considère sa raréfaction inéluctable due au changement climatique et à sa potabilité qui va inexorablement devenir de plus en plus onéreuse du fait de la dépollution à réaliser.

Pour en savoir plus: https://ree.developpement-durable.gouv.fr/themes/risques-nuisances-pollutions/pollution-de-l-eau-douce/

Propluvia, consultation des arêtés de restriction d'eau: http://propluvia.developpement-durable.gouv.fr/propluvia/faces/index.jsp