Les 26 février et 4 mai 2021 Limoges Métropole a organisé  deux réunions du comité technique  (COTECH) gestion des déchets pour faire des propositions aux élus de l'agglomération sur la  modernisation du service de Collecte des déchets,
Tri des biodéchets et optimisation des fréquences de collecte, auxquelles nous avons été invité à participer.

Gestion des déchets
Trois problèmes amènent l'Agglomération de Limoges à avoir une vraie réflexion sur la question de la gestion des déchets.


I) Les résultats obtenus au niveau de l'Agglomération ne sont pas bons et pas conformes aux objectifs espérés.
L'objectif de diminuer la quantité de déchets par habitant envoyés à l'incinérateur stagne  au niveau de l'Agglomération, alors que sur le reste du département hors agglomération on a assisté à une baisse significative des ordures ménagères du bac vert (OMR) par habitant envoyé à l'incinérateur.

- Lors de commission de suivi de L'incinérateur (CSS du 10 mars 2021), il est ressorti du dernier bilan d'exploitation fourni par Limoges Métropole que la quantié d'OMR collectée  avait baissé de 4500 tonnes, mais cette baisse provenait exclusivement des OMR collectées par le SYDED (collecteur des OMR  hors Agglomération de Limoges) qui ont baissé de 12%  suite à la mise en place de la tarification incitative  sur trois collectivités.


Les OMR collectées par Limoges Métropole, malgré des initiatives conséquentes (campagne de communication, distribution de composteur,...) n'ont pas diminué, contrairement à l'objectif fixé dans le PCAET (plan climat air énergie territorial) adopté.

 

II) L'incinérateur installé à Beaubreuil est en fin de vie, et une nouvelle solution doit être apportée dans un délai rapide.
Dès 2014 une étude avait été  commandée au cabinet MERLIN par  Limoges Métropole.


III) Le plan régional de gestion des déchets se fixe des objectifs de réduction des déchets et une série de lois liées à la transition énergétique fait obligation pour fin 2023 de sortir des ordures allant à l'incinérateur les déchets ménagers (biodéchets) et de mettre en place une tarification incitative.


Sans partager notre propre constat, les responsables déchets, élus et techniciens de Limoges Métropole mesurent que nous sommes à une croisée des chemins et ils ont lancé deux réflexions.

1ère réflexion: une nouvelle étude, qui devrait être transmise au Bureau de Limoges Métropole en septembre 2021, visant à remplacer l'incinérateur en fin de vie.

Aujourd'hui de nombreuses questions importantes sont devenues d'actualité brûlante
- Va-t-on vers un nouvel incinérateur ou vers une autre solution d'élimination des déchets ?
- Si le choix incinération est retenu, la taille de l'incinérateur sera -t-elle la même (une capacité de 110 000 tonnes d'ordures brûlées par an) ou prendra-t-on en compte les objectifs de réduction des déchets par habitant prévus dans le plan régional de prévention et de gestion des déchets de Nouvelle-Aquitaine? dans ce cas un incinérateur de 60 000 tonnes serait suffisant ?
(le coût de construction ne serait pas le même, et la pollution ambiante varie en fonction de la quantité d'ordures brûlées)
- Sera-t-il installé au même endroit, ou laissera-t-on respirer les habitants de Beaubreuil, du Palais-sur-Vienne et de Rilhac-Rancon qui ont vécu pendant 40 ans sous le nuage de l'incinérateur.
- Les associations et les habitants seront-ils associés à la réflexion ?


2ème réflexion : La modernisation du service de collecte et la mise en place d'une proposition de collecte des biodéchets (déchets alimentaires issus notamment des ménages, des
restaurants, des traiteurs ou des magasins de vente au détail) prévues dans la loi de transition énergétique et le plan régional de prévention et de gestion des déchets de Nouvelle-Aquitaine : d'ici fin 2023 chaque habitant de l'Agglomération doit pouvoir avoir une solution acceptable pour déposer ses biodéchets en dehors des poubelles vertes, qui resteront les poubelles de déchets ultimes ne pouvant être ni compostés, ni recyclés. Une évaluation admise par tous qui ressort des études de l'ADEME montre qu'environ 50% de ce qui est dans les poubelles vertes ne devrait pas être envoyé à l'incinérateur.

Dispositions du plan régional de prévention et de gestion des déchets de Nouvelle-Aquitaine concernant le tri à la source des biodéchets
• Un chapitre spécifique sur les biodéchets définissant des objectifs et des mesures existe dans le plan régional de prévention et de gestion des déchets de Nouvelle-Aquitaine :
• Détournement des biodéchets : - 14% des OMr en 2025 et -18% en 2031 ;
• Réduction de la part des biodéchets dans les OMr : - 37% en 2025 et - 53% en 2031.
Un objectif convergeant avec d’autres pour augmenter le niveau de valorisation des OM et réduire la part des résiduels de -21,5% en 2025 et -28% en 2031 (évolution des quantités régionales OMR à traiter estimées dans le projet de plan)

Limoges Métropoles a déjà engagé des actions nombreuses en vue de baisser la quantité d'OMR ramassées par habitant, mais les résultats ne sont pas au rendez vous. L'objectif est aujourd'hui de sortir les biodéchets des OMR.
L'évaluation faite par Limoges Métropole du gisement des biodéchets collectés dans les OMR est de 33,8% de putrescibles dans les OMR (soit 64kg/hab/an de déchets alimentaires et 10kg/hab/an de déchets de jardin) .
Qu'est-il proposé pour sortir ces 64 kg/hab/an des OMR ?

Au delà d'une collecte séparée pour les gros producteurs (une quinzaine sur l’ensemble du territoire de Limoges : lycée, EHPAD, université…) Limoges Métropole distribue gratuitement des composteurs individuels
• 21% des foyers individuels sont équipés d’un composteur avec une expérience nouvelle et prometteuse sur Landouge : - inversion du rythme des collectes (poubelles vertes tous les 15 jours et poubelles bleues toutes les semaines) avec distribution de 700 composteurs individuels dans les quartiers pavillonnaires représentant la quasi-totalité des habitations de Landouge (résultat : diminution sensible des ordures dans les poubelles vertes et baisse globale des ordures ramassées)
• Enquête 2020 sur le compostage : 98% favorables au compostage des déchets alimentaires.

La volonté de Limoges Métropole est de multiplier l'expérience de Landouge dans les lieux à habitats individuels et développer les composteurs au pied des immeubles ( actuellement seul 3,6% des foyers vivant en habitat vertical ont une solution de compostage au pied de l'immeuble).
Ils ont examiné diverses expériences en France, notamment celle de la communauté de 48 communes, 60 000 habitants (CYCLAD) en Charente Maritime qui après le passage en collecte incitative a vu les ordures ménagères baisser de 22%, passant à 148kg/hab/an, contre 220/220kg/hab/an pour Limoges Métropole.

Les objectifs :
Limoges Métropole ambitionne de détourner à l'horizon 2030 (sur les 47 000 tonnes d'OMR collectées comprenant un volume de biodéchets que Limoges Métropole estime à 13000 tonnes) , 7000 tonnes de biodéchets par an (2000 tonnes par l'augmentation du compostage de proximité, 4000 tonnes en réduisant le gaspillage alimentaire et 1000 tonnes en déployant les collectes de biodéchets).
Pour cela Limoges Métropole se propose de doubler le nombre de composteurs individuels, de doubler le nombre de sites de compostage en pied d’immeuble soit 200 sites supplémentaires, de déployer 20 dispositifs de compostage sur le domaine public notamment dans l'hyper-centre ville de Limoges avec un point de collecte dans 1 rayon de 150 m et d'inverser les fréquences de collecte.

Trois scénarios sont proposés pour la mise en place de ces mesures et atteindre les objectifs alliant en fonction de la composition de l'habitat, distribution de composteur, collecte au porte à porte des biodéchets ou apport volontaire dans dans des points communs et modification des fréquence de collecte entre les poubelles bleues et poubelles vertes.
Le scénario qui semble avoir la préférence divise l'agglomération en 2 catégories d'habitats

1) Limoges extra-boulevard et quartiers prioritaires et les 19 autres communes hors centres-bourgs d’Isle, Panazol, Feytiat, Le Palais-sur-Vienne et Couzeix : un compostage de proximité basé sur la distribution de composteurs individuels, cela concerne 138000 habitants.

2) Limoges intra-boulevard et centre-ville et les Centres-bourgs d’Isle, Panazol, Feytiat, Le Palais-sur-Vienne, Couzeix se verraient proposer une collecte basée sur l'apport volontaire des biodéchets dans des points collectes situés à moins de 150 m ( point de collecte dans 1 rayon de 150 m : bac de 240 l + abri bac avec contrôle d’accès) avec distribution d’un bioseau, de sacs papier et badge pour ouvrir les bacs à chaque participant ménager.
La réussite de ces scénarios va imposer une campagne pédagogique avec interventions et affichages demandant la mobilisation de personnel conséquent ; Limoges Métropole envisage 7 personnes consacrées à cet objectif , comprenant une démarche particulière contre les Incivilités pour la prévention et répression en matière de propreté.

Nos remarques :
Toutes les réflexions amenées dans cette études sont positives .
Il manque un volet sur lequel pourtant l'ADEME attire fortement l'attention, c'est la mise en place de la tarification incitative qui permettra une baisse significative des OMR et donnera plus de forces aux autres mesures comme l'inversion des collectes, le tri des bio-déchets...Partout où la tarification incitative est mise en place les résultats en terme de baisse des OMR sont importants.

Nous ne pouvons nous satisfaire d'une démarche, même si elle est accompagnée, basée exclusivement sur la bonne volonté et l'appel au civisme. Une tarification incitative mise en place dès le début est la clef de la réussite.

Dans une publication du 22 09 2020, l'ADEME montre que les Territoires pionniers de la prévention des déchets sont des collectivités exerçant directement la compétence de collecte des Ordures ménagères résiduelles (OMR) .
Après avoir identifié 58 Territoires pionniers et 7 Meilleurs urbains, l’étude confirme le caractère quasiment incontournable de la tarification incitative complétée dans la majorité des cas par des actions de prévention pour atteindre des performances remarquables.
D’autres facteurs comme la réduction des fréquences de collecte des OMR, la définition de modalités de (pré-)collecte innovantes, la relation de proximité avec les usagers ou encore la création et le maintien d’une dynamique territoriale autour de la prévention peuvent participer de la réussite des démarches engagées. La moyenne des coûts aidés par habitant des Territoires pionniers est 22 % plus basse que la moyenne de l’ensemble des collectivités au niveau national.

Nous avons réaffirmé lors de la tenue de ces réunions de travail la nécessité absolue de mettre en premier une tarification incitative pour la réussite du Tri des biodéchets et l'optimisation des fréquences de collecte.

 

L’article 70 de la loi de transition énergétique pour la croissance verte indique que « les collectivités territoriales progressent vers la généralisation d’une tarification incitative en matière de déchets, avec pour objectif que 15 millions d’habitants soient couverts par cette dernière en 2020 et 25 millions d’habitants en 2025 ».
Cela représente presque 22% de la population française estimée pour 2020 et 36% en 2025 sur la base de l’évolution de la population française estimée par l’INSEE.
En 2015, la tarification incitative sur le territoire de Nouvelle-Aquitaine couvrait 6% de la population régionale et 7,5% en 2019. Nous sommes bien loin des objectifs fixés.

 

Consulter le Plan Régional de Prévention et de Gestion des Déchets de Nouvelle-Aquitaine.

Observatoire régional des déchets et de l'économie circulaire.

Plan Climat Air Énergie Territorial de la CU de Limoges.

Rapport annuel 2020 sur le prix et la qualité du service public de gestion des déchets.

 

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