Par voie de presse ou dans son bulletin d’information, la CU de Limoges annonce un « Ester de la transition écologique » suite à l’adoption en mars 2021 du Plan Climat Air Énergie Territorial (PCAET).

Absence de participation de la sphère civile, associative et économique au comité de pilotage du PCAET.
Lors de l’enquête publique relative au PCAET, nous nous inquiétions de l’absence de participation de la sphère civile et économique au comité de pilotage du PCAET. Ce comité de pilotage reste jusqu’ici composé d’élus, de représentants des services de la collectivité et de partenaires institutionnels. Vu les thématiques abordées, il est incompréhensible que la participation du public, des associations et des entreprises ne soit pas prévue. L’élaboration du PCAET permet de planifier la transition énergétique. Cela devrait permettre une optimisation budgétaire de l’EPCI, un renforcement de l’attractivité économique et l’amélioration du cadre de vie ; autant de raisons de requérir la participation la plus large sur le territoire.

L’expression démocratique ne se résume pas à se rendre aux urnes de temps en temps et de moins en moins, vu les derniers taux de participation. Chaque citoyen a le droit de participer à l’élaboration des projets qui impactent l’environnement. Les collectivités responsables de ces projets ont l’obligation d’informer le public de leur existence et de débattre de leur opportunité. Ce droit est inscrit dans la Constitution à l’article 7 de la charte de l’environnement.

Les défis de la transition écologique sont sans précédent. Ils exigent une prise de conscience et une capacité à mobiliser l’expertise de tous les habitants du territoire, même les plus éloignés de la vie démocratique. Le développement du territoire dans le cadre de la transition écologique nécessite le développement de compétences, de pratiques et de postures inédites pour les collectivités. Le débat public en est une des composantes nécessaires et utiles pour construire le projet et prendre en compte les points d’alerte identifiés par le public.

Lieu d’implantation des nouvelles installations classées pour la protection de l’environnement déjà choisi sans aucunes concertations.
Or les annonces faites ces deux derniers mois laissent à penser que les décisions sont prises. Les lieux d’implantation (déclarés en cours d’achat), les choix technologiques, les capacités de production... sont annoncés sommairement.

Ester comme pôle d’excellence pour la transition écologique : certes, cela est envisageable, mais cela n’entre-t-il pas en contradiction avec le schéma de cohérence territoriale définissant un équilibrage multipolaire entre Limoges et les premières et secondes couronnes ? Toutes les nouvelles activités génératrices d’emplois devraient-elles rester concentrées sur Limoges, obligeant les employés d’aller habiter en première ou deuxième couronne ? Devons-nous continuer à développer le territoire comme dans les années passées ?

Vers l’émergence de plusieurs innovations...
La production de dihydrogène dans le but de fournir le carburant pour les futurs bus de la communauté urbaine est une solution diminuant les émissions de gaz à effet de serre, à partir de l’énergie électrique produite par l’incinérateur de Limoges. Pour quelle quantité d’énergie électrique ? Les objectifs de diminution de déchets incinérés sont-ils pris en compte ? Dans quelles mesures ? L’unité de production a-t-elle la nécessité absolue de se situer dans la zone d’Ester ? La chaleur fatale de cette unité de production ne pourrait-elle pas être utilisée pour chauffer les futures serres du projet d’agri-voltaïsme pour pallier les fluctuations de production des panneaux photovoltaïques ? Ne vaudrait-il pas mieux installer cette unité de production de dihydrogène et ces serres d’agri-voltaïsme en deuxième ou première couronne ?

La pyrogazéification a pour vocation de produire du méthane qui peut être injecté sur le réseau de distribution de gaz. Elle produit aussi de la chaleur. Cette technologie présente l’intérêt de réduire par 10 les fumées de combustions émises. Mais la composition de ces fumées sera dépendante des intrants pyrogazéifiés qui seront bien différents s’ils sont constitués de bois de classe A ou de déchets solides de récupération (quels types ? quelles quantités ?). La population autour d’Ester subit les retombées de l’incinérateur depuis plus de trente ans. Est-il judicieux d’y ajouter les retombées dues à la pyrogazéification sur la même zone, sachant que ce n’est pas tant la quantité d’émissions polluantes qui est prépondérante dans le déclenchement de pathologies, mais l’accumulation dans le temps ?

Quelques informations délivrées manquant d’objectivité
Dans le communiqué de presse du 9 septembre 2021 de la CU de Limoges, on peut lire :

« Le choix de rassembler ses éléments au même endroit permettra également de créer des synergies entre chaque élément pour maximiser leur effet sur l’environnement, mais également pour les inscrire dans une économie circulaire très vertueuse. De plus ce site revêt un emplacement idéal au regard des réseaux de distribution d’énergie :

  • - L’incinération des déchets collectés par Limoges Métropole permet de produire de l’électricité qui alimentera l’électrolyseur pour fabriquer le dihydrogène qui alimentera les véhicules lourds de Limoges Métropole.
  • - Limoges Métropole travaille sur un nouveau dépôt de bus qui pourrait être créé au niveau de la zone de la Grande pièce, à proximité de la station de distribution du dihydrogène,
  • - La chaleur fatale produite par l’unité de pyrogazification sera valorisée dans le réseau de chaleur de Beaubreuil et facilitera ainsi son extension future pour livrer de la chaleur durable à d’autres usagers en substitution d’énergie fossile.
  • - La proximité des réseaux de gaz et d’électricité permettront une injection rapide de l’énergie produite sur les réseaux de Limoges Métropole à moindre coût… »

 

Il semble nécessaire de rappeler que :

- l’électricité injectée sur le réseau est directement disponible pour le consommateur le plus proche donc ne se rend pas à une adresse indiquée même si on lui demande gentiment.

- la chaleur peut être transportée sur plusieurs kilomètres.

- le dihydrogène devant servir de carburant, il devrait être stocké. Il n’est donc pas forcément nécessaire qu’il soit produit sur le lieu de dépôt des véhicules ou à directe proximité.

- des réseaux de chaleur peuvent être développés sur des communes de 1re et/ou 2ième  couronne.

- des points d’injections de gaz et d’électricité sont disponibles fort heureusement ailleurs qu’à Limoges et pas forcément pour un coût supérieur.

Quels impacts sanitaires ?
Il n’est pas fait mention du coût environnemental et sanitaire de la concentration d’activité d’installations classées pour la protection de l’environnement sur la même zone. Ne va-t-on pas maximiser les effets cocktails sur la population (bruit, intensification du trafic routier, émissions polluantes, risques incendie – explosif...) ?

Hormis le coût financier qui est une nécessaire et légitime préoccupation des élus pour justifier l’implantation des tous ces équipements sur un même site, il est fortement regrettable que d’autres paramètres ne soient pas pris en compte afin de disposer d’éléments suffisants pour évaluer les bénéfices-risques de ce projet, à commencer par l’avis de la population directement impactée et dûment informée.

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